Le toucher
- Guy Marion
- il y a 8 heures
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Avez-vous le même réflexe que moi ? Quand quelqu’un vous montre quelle chose, lui dites-vous «Montre-moi !» Et vous faites un geste pour prendre l’objet, c’est-à-dire le toucher ? Avez-vous remarqué qu’un jeune enfant veut toucher à tout dont votre bouche, vos cheveux ?
Pourquoi met-on le nouveau-né sur le ventre de sa mère ? Voici une partie de la réponse de ChatGPT: «Pour stabiliser ses fonctions vitales. Le nouveau-né ne régule pas encore bien : sa température, sa respiration, son rythme cardiaque, sa glycémie, son niveau de stress. Le contact direct avec la peau de la mère aide à synchroniser et stabiliser tout cela.»
Ce n’est pas surprenant que même, chez les adultes se toucher continue de nous calmer, de nous rassurer !
En février 2021, la revue The Economist a publié un article intitulé You’ve lost that lovin’ feeling (Vous avez perdu ce sentiment d’amour) qui contient des faits révélateurs sur le toucher. C’était pendant l’urgence sanitaire au Québec, donc on avait cessé de donner la main et de se faire des accolades.
«Et pourtant, le toucher est aussi nécessaire à la survie humaine que la nourriture et l’eau, affirme Tiffany Field, directrice du Touch Research Institute à la Miller School of Medicine de l’Université de Miami. C’est le premier sens à se développer et le seul indispensable à la survie. Nous pouvons vivre sans la vue ou l’ouïe. Mais sans le toucher, qui nous permet de percevoir la pression, la température et la texture, nous serions incapables de marcher ou de ressentir la douleur. Notre peau est le moyen par lequel nous interagissons avec le monde.»
«L’importance du toucher commence tôt. Une revue scientifique de 2016 a montré que les bébés ayant un contact peau à peau avec leur mère immédiatement après la naissance avaient 32 % plus de chances de réussir leur première tétée. Quelques heures plus tard, ils présentaient aussi de meilleures fonctions cardiaques et pulmonaires ainsi qu’un taux de sucre sanguin plus élevé.
«Une étude menée en 1986 aux États-Unis a montré que des bébés prématurés massés régulièrement pendant dix jours prenaient du poids plus rapidement et quittaient plus tôt les soins intensifs. Leur développement physique et cognitif était aussi supérieur un an plus tard.»
Les effets positifs se poursuivent. Vous avez sûrement remarqué que prendre une personne qu’on aime dans les bras a un effet calmant. Le toucher réduit le cortisol, l’hormone du stress. Une recherche le confirme. «En 2014, des chercheurs de l’Université Carnegie Mellon ont observé que les adultes recevant plus d’accolades tombaient moins souvent malades, peut-être parce que ces gestes expriment l’affection et renforcent le sentiment d’être soutenu.» Cette constatation concorde avec le fait que les gens qui vivent en couple vivent plus vieux que les célibataires !
Par contre, une recherche faite avec ChatGPT me rappelle qu’après la chute du régime communiste roumain en 1989 où beaucoup de poupons se trouvaient dans des orphelinats, des chercheurs ont étudié ces enfants et ont constaté notamment que le contact physique et l’attachement ne sont pas un “luxe”, mais un besoin vital pour le développement humain.
Des études plus récentes démontrent que le manque de toucher est nocif. «Les enfants peu câlinés développent certaines capacités plus tardivement. Le manque de toucher peut aussi favoriser l’agressivité. Une étude de 2002 a montré que les enfants américains recevaient moins de contacts affectueux que les adolescents français et étaient plus agressifs. Toutefois, ceux qui recevaient des massages quotidiens devenaient moins agressifs après cinq jours.»
Chez les adultes, «Sans contact régulier, certaines personnes deviennent « affamées de peau » (« skin hunger »), un état où le manque de toucher est ressenti intensément. Les études suggèrent que cela soit associé à la solitude, la dépression, le stress et des troubles anxieux.»
Quant est-il dans la vie conjugale ?
Christophe Fauré dans son livre Ensemble mais seuls, Apprivoiser le sentiment de solitude dans le couple écrit
«REDÉCOUVRIR LE PLAISIR DU CONTACT PHYSIQUE
N'y a-t-il pas pire solitude que lorsqu'on est dans un lit avec son compagnon ou sa compagne, sans que les corps soient en contact un seul instant ? La perte de l'intimité est le reflet le plus flagrant de la perte de lien au sein du couple. Non seulement on ne fait plus l'amour — ou très peu — mais on se touche de moins en moins au quotidien ; et à cause de cela, le lien devient virtuel ou, au mieux, fraternel. La restauration du lien d'amour passe par un retour du toucher intime.
«Le « toucher intime » ne se résume pas à l'acte sexuel. On dit d'ailleurs que le sexe n'intervient que dans 30 % de l'intimité physique. L'amour peut exister en l'absence de sexualité dans un couple, sans que le toucher intime ait déserté la relation. Le non sexuel (au sens « congénital ») recouvre les caresses, les baisers, les étreintes, les effleurements, le simple fait de tenir la main de l'autre dans l'obscurité d'un cinéma, etc. Non, non, ce n'est pas être naïvement romantique que d'insister sur ces petits détails du quotidien !
«Nous sommes des animaux à sang chaud et notre corps ont besoin d'être touché pour vivre. Avez-vous entendu parler de ces terribles expériences où, dès sa naissance, on sépare un jeune chimpanzé de sa mère, le privant de tout contact physique ? Même s'il est correctement nourri et maintenu au chaud, il ne tarde pas à dépérir et meurt très rapidement.
«L'enseignement à tirer est limpide : toucher l'autre le rend vivant. Le toucher revient à lui dire : « Tu existes», à un niveau profond, très archaïque, très essentiel. C’est un don à l’autre d’une valeur inestimable.»



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