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Les émotions : comprendre leur origine, leur rôle et leur influence

  • Guy Marion
  • il y a 5 jours
  • 6 min de lecture
Les émotions : comprendre leur origine, leur rôle et leur influence

Les émotions occupent une place essentielle dans notre vie quotidienne. Elles influencent nos réactions, nos décisions, nos relations et notre manière de percevoir les événements. Comprendre les émotions permet de mieux reconnaître ce que nous ressentons, d’en saisir le rôle et d’apprendre à réagir de façon plus consciente.


Sommaire



« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Cette phrase célèbre tirée des Pensées de Blaise Pascal, ne signifie pas que les émotions sont irrationnelles ou qu'elles s'opposent à l'intelligence. Pascal voulait plutôt dire qu'il existe une forme de connaissance qui ne passe pas uniquement par le raisonnement logique. Nous comprenons certaines réalités – l'amour, la confiance, la beauté, l'intuition morale – par une expérience intérieure que la seule logique ne peut entièrement expliquer. Les émotions font partie de cette intelligence du cœur. Selon certains commentateurs, Pascal voulait dire que la raison n'est pas le meilleur moyen d'appréhender Dieu. (Wikipedia)


D'où viennent les émotions ?


Les émotions sont le fruit de millions d'années d'évolution. Elles sont produites automatiquement par notre cerveau lorsqu'il interprète un événement comme étant important pour notre survie, notre sécurité ou nos relations. Elles ne sont généralement pas voulues. Personne ne décide consciemment d'avoir peur devant un danger, d'être triste après une perte ou d'éprouver de la joie devant une bonne nouvelle sauf en faisant du cinéma, du théâtre ou encore en voulant convaincre l’autre de quelque chose. Et même là, le sourire spontané, vrai, est différent du sourire demandé lors d’une photo ou pour plaire à un client (voir les photos dans  Damasio Descartes’ Error, p. 141)


Une émotion apparaît en quelques fractions de seconde, avant même d’avoir pu y réfléchir. (C’est essentiel pour appréhender un danger !) Ensuite seulement, intervient notre pensée consciente, qui tente d'expliquer ce qui se passe. Elles sont donc une source d’information spontanée et rapide tant pour la personne qui la vit que pour l’interlocuteur.


On n’en connaît pas toujours la raison ou le déclencheur. Par exemple, quand je décris le garçon d’environ dix ans qui a chanté un solo dans Song of Hope de Florence Price lors du dernier concert de l’orchestre métropolitain, je suis ému mais je ne sais pas pourquoi cette scène me touche.


À quoi servent les émotions ? 


Les émotions sont indispensables. Elles remplissent plusieurs fonctions essentielles. Elles nous avertissent de ce qui est important. Elles nous préparent à agir rapidement. Elles nous aident à prendre des décisions. Elles permettent de communiquer nos besoins aux autres. Elles créent les liens sociaux. Elles nous permettent de jouir de la musique, de la beauté de la nature, de la pêche d’un poisson, du goût d’un aliment ou d’un vin, de la détente qui suit une nouvelle rassurante, de jouir en voyant notre enfant faire ses premiers pas ou de rouler en vélo pour la première fois sans notre aide.


Par exemple :

  • la peur nous prépare à fuir ou à se protéger ;

  • la colère mobilise l'énergie nécessaire pour défendre une limite ;

  • la tristesse favorise le repli temporaire et invite les autres à offrir du soutien lors du décès d’une personne aimée.

  • La joie et le plaisir renforcent les comportements bénéfiques et rapprochent les personnes face à un danger ou à un ennemi commun. De là, l’importance pour les couples et les familles de faire des activités agréables ensemble; ces activités et ces plaisirs ensemble créent ou rétablissent le lien entre les personnes qui y participent.


Par contre, une émotion profonde surtout la colère peut non seulement effrayer l’autre mais aussi nuire à leur relation.


Par ailleurs, sans émotions, nous aurions énormément de difficulté à décider. Ce n’est pas pour rien qu’on met un humble pain de savon dans un bel emballage. Le marchand veut que l’emballage et ... son contenu plaisent à l’acheteur éventuel !


Les recherches en neurosciences démontrent que des personnes ayant perdu certaines capacités émotionnelles, suite à des lésions neurologiques tout en conservant une intelligence normale, deviennent incapables de prendre les décisions les plus simples telles que comment financer l’achat d’un objet courant. (A.R. Damasio,  Descartes’ Error)


Peut-on gérer ses émotions ?


Il est impossible de contrôler directement l'apparition d'une émotion. En revanche, nous pouvons apprendre à gérer notre réponse à cette émotion. Cela consiste notamment à : reconnaître ce que l'on ressent; accepter l'émotion sans la juger; comprendre le besoin qu'elle révèle et choisir consciemment la suite à y donner. M.  McKay, P.  Rogers, The Anger Control Workbook comparent la montée de la colère à une vague qui s’approche en mer, elle s’élève, passe et se calme.


En bref, nous ne choisissons pas nos émotions, mais nous pouvons apprendre à choisir nos comportements.


Tout de même, on peut apprendre à manifester volontairement des signes d’émotion. On enseigne aux personnes en contact avec le public – commis dans les magasins, le personnel à bord des avions – comment se présenter, souvent avec un sourire. Fait intéressant, les sourires vrais ou spontanés ne sont pas identiques aux sourires commandés, voulus ou artificiels.


Damasio en montre des photos (Descartes’ Error, p. 141). Son explication est qu’ils sont commandés par des parties différentes du cerveau.

Lire aussi Hochschild The Managed Heart , Commercialization of Human Feeling.


Que se passe-t-il lorsqu'on refoule ses émotions ?


Refouler une émotion ne la fait pas disparaître. Elle continue souvent d'agir à l’arrière plan, en catimini. À long terme, le refoulement peut favoriser : le stress chronique; l'anxiété; certains symptômes dépressifs; des tensions musculaires; des difficultés relationnelles; parfois même des problèmes physiques.


Une émotion accueillie tend généralement à diminuer progressivement. Une émotion constamment rejetée risque plutôt de revenir sous d'autres formes et ainsi créer une tension diffuse qui nous rend soupe au lait !


À ce propos du refoulement, je vous fais part d’un extrait de Michelle Larivey, La puissance des émotions, p. 159, extrait qui traite de l’angoisse, mot que j’entends souvent dans mon bureau.


«L'angoisse peut surgir à l'occasion d'une pensée, au contact d'une personne, en pénétrant dans un lieu, par association avec une odeur. La plupart du temps, nous n'avons pas conscience de ce qui l'a déclenchée, ce qui donne l'impression qu'elle «vient de nul part».


Mais l'angoisse a toujours un fondement, elle ne vient jamais de nulle part. C'est le fait de repousser l'expérience qui tend à apparaître à la conscience, qui produit l'angoisse.


«Le rejet de ce qui cherche à émerger donne lieu à une bataille intérieure qui prend la forme de l'angoisse. Le grand inconfort que l'on nomme angoisse est en effet le résultat de forces qui s'affrontent en nous: celles qui poussent ce qui nous habite à devenir conscient, et celles qui essaient de l'en empêcher. Comme dans le cas de la peur, les glandes surrénales sont sollicitées par l'angoisse. Cela explique l'impression de serrement ressenti niveau du plexus solaire (nœud à l'estomac). »


Ce qui est utile de faire. 

Le plus utile consiste à m'interroger sur ce que je tente repousser. Etonnamment, la réponse apparaîtra rapidement, l'angoisse disparaîtra du même coup. Je serai alors en contact avec un sujet sur lequel j'ai de la prise, même s'il est difficile à affronter. Une fois le sujet conscient, il s'agit de permettre au processus émotionnel de suivre son cours. Si j'aborde ma préoccupation avec ouverture et l'assurance qu'elle est pertinente (même si je ne suis pas à même d'en saisir toute l'ampleur sur le moment), je parviendrai à faire le chemin nécessaire pour régler mon problème de façon optimale.


Les femmes sont-elles plus sensibles que les hommes ?


Les recherches montrent que les femmes et les hommes ressentent globalement les mêmes émotions. La principale différence concerne davantage leur expression que leur capacité à ressentir. Par contre, dans plusieurs cultures : les filles sont davantage encouragées à exprimer la tristesse, la peur et la tendresse, tandis les garçons apprennent souvent à cacher ces émotions et à exprimer plus facilement leur colère.


Les différences observées proviennent donc largement de l'éducation, des attentes sociales et des normes culturelles, davantage que de différences biologiques fondamentales.


Peut-on apprendre à ressentir davantage ses émotions ?


Oui. Certaines personnes ont appris très tôt à se couper de leurs émotions pour se protéger. Avec le temps, elles peuvent réapprendre à les reconnaître. Cela passe notamment par : ralentir; observer les sensations corporelles; mettre des mots sur ce qui est vécu; développer l'attention à soi; parler avec une personne de confiance ou un professionnel.


Plus on pratique cette écoute intérieure, plus les émotions deviennent faciles à identifier. Les exercices de méditation, de cohérence cardiaque, de yoga peuvent nous apprendre à ressentir et à nommer ce que l’on vit.


Récemment, une cliente m’a fait bien rire lorsqu’elle a dit qu’en faisant les exercices de cohérence cardiaque, elle a constaté qu’elle respirait !


Pour terminer, je vous suggère de prendre le temps, de vous arrêter devant la beauté d’une personne, d’un arbre, du coucher du soleil. De prendre le temps de déguster ce que vous mangez et buvez.


Dans un prochain billet, j’aborderai les questions de l’empathie et du non verbal dans la communication.


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